Centième anniversaire de Madame Madeleine Soboul,

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Centième anniversaire de Madame Madeleine Soboul,

Message  FAPPAH le Jeu 12 Juin 2014 - 12:56



Centième anniversaire de Madame Madeleine Soboul,

- Samedi 7 juin 2014 -

épicière à Lugny depuis 1959




Madeleine Soboul, qui vient de célébrer son centième anniversaire, exerce depuis 55 ans le métier d’épicière. Portrait d’une femme exceptionnelle et qui suscite l’admiration.



C’est une petite épicerie à l’ancienne comme on n’en voit plus, tenue par une femme aujourd’hui centenaire, au regard bleu bienveillant et dont la vitalité ne cesse d’impressionner, année après année, ses clients et amis. Madeleine Soboul, qui vient de fêter ses 100 ans, gère depuis les années 50 ce petit commerce dans son village de Lugny, avec la même passion pour le métier qu’éprouvée à ses débuts.

Dans cette boutique, où la devanture affiche « qualité, saveur et fraîcheur pour uniques prétentions », quelques étagères de couleur rose bonbon présentent pêle-mêle paquets de riz, boîtes de thon ou articles de mercerie, quelques bouteilles de vin local et surtout, la spécialité qui fait la renommée de Madeleine bien au-delà du canton : la délicieuse tarte à l’orange maison qu’elle prépare chaque semaine pour ses clients.

Un commerce ouvert en 1870

L’épicerie de Madeleine a été fondée en 1870 par Célestin Bourion, son grand-père maternel. C’est en effectuant son tour de France que ce tailleur de métier avait rencontré sa future femme, et décidé de s’installer à Lugny.

Née en 1914, mariée en 1934 à René Soboul, un fonctionnaire des finances, mère d’une petite Mireille en 1945, Madeleine ne s’imaginait pas exercer la profession d’épicière. Mais la mort tragique de son mari, à 33 ans, et la volonté d’épauler ses parents vieillissants la pousseront à quitter le Nord de la France, où elle réside, pour rejoindre Lugny et reprendre le commerce familial. Une boutique qui jouxte son habitation et dont elle ouvre toujours les portes aujourd’hui, six jours sur sept de 8 h à 19 h.

Quand on lui demande si elle envisage un jour d’arrêter son activité, sa réponse ne se fait pas attendre : « Je tiendrai ma boutique tant que ma santé me le permettra ! », coupe Madeleine, qui gère seule ce commerce et calcule toujours de tête pour rendre la monnaie.

Des clients qui ne l’oublient pas

Si la clientèle se fait plus rare que par le passé, et le commerce tourne – selon ses mots – au ralenti, l’épicerie de Madeleine offre toujours quelques produits de dépannage aux villageois, mais aussi aux nombreux touristes étrangers de passage l’été, avec qui elle conserve un contact privilégié. « J’ai même reçu la semaine dernière une carte de clients hollandais qui m’ont souhaité un bon anniversaire ! », confie avec fierté l’alerte centenaire.

Outre son activité professionnelle, Madeleine continue de présider, comme elle le fait depuis 1978, le club du 3e âge de Lugny. Une senior alerte et qui ne veut pas se couper du monde actuel : il y a quelques mois, elle a ainsi demandé à sa fille de tester… une tablette numérique. « Il faut bien rester dans le bain ! C’est ça l’inconvénient d’être centenaire : ce n’est pas toujours facile de rester au courant des nouveautés », livre Madeleine avec humour.

Une force et un regard lucide sur la vie qui lui ont permis de surmonter des moments difficiles, comme le cambriolage qu’elle a vécu le mois dernier dans son magasin et son domicile. « J’en subis aujourd’hui le contrecoup, mais ça ne m’empêchera pas de continuer à faire ce que j’aime », conclut la centenaire sans sourciller.


Souvenir n° 1 :

« A cette époque [les années vingt], les occasions de s’amuser étaient rares. Aussi attendions-nous la
fête avec impatience... Tous les ans, chaque premier dimanche de septembre, Lugny faisait la fête à
l’occasion de la fête patronale. Celle-ci s’installait place des Halles. On y trouvait un manège de
chevaux de bois – le manège que possédait Françoise Guingand de Collongette – et aussi le tir
Nicolas, un marchand de friandises... Le dimanche, la fanfare de Lugny donnait un concert. Il y avait
aussi des bals l’après-midi et le soir : l’un se tenait à la salle Giroud à l’initiative de ce commerce et
l’autre, organisé par la commune, se déroulait à la salle des fêtes en présence de musiciens. Le lundi, la
fête continuait avec, notamment, des jeux organisés pour les enfants – et l’on raffolait alors des
incontournables courses en sac. Un autre moment de l’année était également très attendu des enfants :
Noël. Papa installait le sapin et les décorations de Noël au milieu du magasin. Que c’était beau ! Et
que cela sentait bon ! L’odeur du sapin, celle des mandarines... Parmi les jouets que j’ai pu trouver
dans mes souliers, je me souviens de poupées, d’un ours, et d’autres jouets offerts par mes oncles et
mes tantes de Paris. Nous avions tous les livres de la « bibliothèque rose » – une célèbre collection de
livres pour enfants – et, en guise de bande dessinée, des livres illustrés d’images d’Epinal. Nous eûmes
aussi des jeux : un loto, un jeu de l’oie, des jeux de cube... Tous les ans pour Noël, à la messe de
minuit, mon père Jacques chantait « Minuit chrétien » à l’église en s’accompagnant au violon. Papa
était en effet musicien et donnait des leçons de violon à trois ou quatre élèves qui se renouvelaient. Il
jouait aussi de la grosse caisse à la fanfare de Lugny – et s’occupait de l’organisation des fêtes du
comité des fêtes. Les livres que l’on m’avait offerts à Noël, j’aimais les lire dans mon lit, à la lueur d’une bougie. »


Souvenir n° 2 :

« Le magasin que je tiens a été fondé par mon grand-père, Célestin Bourion, dans les années 1870.

Celui-ci, venant des Vosges, faisait son tour de France comme tailleur ; passant à Lugny, il y
rencontra ma grand-mère Marguerite, l’épousa, et se fixa au village. S’il continua son métier de
tailleur, il décida d’ouvrir ce magasin qui, rapidement, devint une « supérette » où les clients – qui
venaient de tout le canton – pouvaient trouver de l’épicerie, de la vaisselle, de la mercerie, du tissu,
des chaussures, etc. A la différence de ce qui se fait aujourd’hui, bien des choses se vendaient alors en
vrac : le riz, la farine, les haricots secs, les pois chiches... mais aussi les pâtes, les gâteaux, et jusqu’à
l’huile qui était en bonbonne. Je me souviens notamment de l’huile de colza – qu’on appelait alors

« huile de chou » – et aussi des pains de sucre recouverts de papier bleu qui se cassaient à l’aide d’une

hachette. Quant au café, papa l’achetait vert et le torréfiait toutes les semaines sur le trottoir dans un
grilloir, parfumant ainsi la rue d’un arôme incomparable ! Si le magasin a été florissant jusque dans les
années vingt, il a périclité par la suite ; après la Première Guerre mondiale, maman n’a pas su remettre
son stock de marchandises au prix du jour alors la guerre avait entraîné une forte baisse de la valeur
de la monnaie. Surtout, le magasin subit la concurrence d’autres commerces. »
Extrait du témoignage de Madeleine Soboul publié en 2006 dans : « Lugny, mémoire de pierre,
mémoire d’hommes », ouvrage édité par la bibliothèque municipale de Lugny (ISBN 2-9514028-1-3).
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